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Le Pétrole va-t-il imiter les Denrées Alimentaires?

Par Jeff Rubin - Est-ce que les restrictions d'exportation de l'énergie copieront-elles ceux des denrées alimentaires?

Une augmentation des prix est censée encourager l’augmentation de l'offre. C'est un grand standard des manuels d’économie. Mais que se passe-t-il quant l’offre est contrôlée par les gouvernements à la place d’entreprises d’exportations?
Les gouvernements pourraient ne pas répondre à l’augmentation des prix de la même manière que les compagnies qui recherchent le profit. En fait, ils pourraient y répondre exactement à l’inverse.

Les pays regardent leurs propres intérêts

Alors que l’augmentation des prix de la nourriture et de l’énergie encouragent les producteurs à exporter plus, les gouvernements tendent à exporter moins et à réserver leurs propres productions pour leur marché intérieur.
La raison est simple : le maintient des prix bas dans le pays en comparaison avec les tarifs internationaux.

Quand il s’agit de biens de consommation de luxe, les gouvernements ne se sentent pas obligés d'intervenir, mais quand il s’agit de nourriture ou d'énergie, les pressions politiques deviennent immenses. Elles sont si importantes que vous pouvez jeter par la fenêtre votre manuel de sciences économiques.

Les économistes disent non, les peuples oui

Durant la crise alimentaire de 2007 et de 2008, les prix records des céréales auraient dû vider tous les greniers du monde comme jamais auparavant.
Au lieu de cela, pas moins de 29 pays exportateurs de denrées alimentaires ont répondu à cette hausse en interdisant leurs exportations afin de garder leur production pour leur marché intérieur affamé. En raison de ce détournement des marchés d'exportations, les prix des denrées alimentaires augmentèrent légèrement dans ces pays et explosèrent dans le reste du monde. Les économistes n’ont peut être pas approuvé, mais leur peuple, oui.

Naturellement, la perte d'approvisionnement des marchés générés par ces pays a fait monter les prix des denrées alimentaires encore plus haut. De plus, ils ont rapidement commencés à en amasser encore plus, au cas où les autres pays exportateurs décideraient de garder leurs propres récoltes.

Le Pétrole sur le même chemin

Aujourd’hui, nous commençons à observer l’émergence de ce même modèle dans l'industrie énergétique.

Les manques croissants de carburant en Russie ont incité le plus grand producteur du pétrole du monde à interdire ses exportations d'essence, en imposant un tarif prohibitif de 44% sur les exportations.

Dans le même temps, Pékin a suspendu indéfiniment ses exportations de diesel en prévision de l'augmentation de sa demande domestique maximale durant cet été. Du coup Singapour et le Vietnam ont été priés de chercher ailleurs leurs carburants. En avril 2011, Sinopec, le plus grand raffineur de chinois, a arrêté toutes ses exportations des produits pétroliers. En mai 2011, l'agence de planification d'état chinois a indiqué que toutes les entreprises pétrolières d'État devaient cesser d'exporter leur diesel. La raison officielle est de  «maintenir la stabilité sociale et de favoriser le développement économique». Apparemment, les marges financières des raffineries ne font pas partie de l'équation.

Les restrictions à l'exportation dans ces deux pays ont été conçues pour empêcher les raffineries domestiques de tirer de juteux profit en exportant une grande partie de leur essence et de leur diesel. Jusqu'ici, ces restrictions ont seulement affecté les produits de raffinage tels que l'essence ou le diesel. Imaginez l’évolution de la situation, si la production d’énergie devenait de plus en plus rare.

Est-ce qu’un baril de pétrole à 3 chiffres arrêtera-t-il bientôt le flux de pétrole brut de la même manière qu’il a freiné la circulation des denrées alimentaires?

 

Ecrit, en anglais, par Jeff Rubin
Traduction par Laurent Horvath, 2000Watts.org. Avec l'autorisation de Jeff Rubin  (Le Blog de Jeff Rubin et la version anglaise ici)

Retrouvez tous les jeudis la Chronique de Jeff Rubin sur 2000Watts.org.
Rubrique blog, peak oil, aspo, Jeff Rubin

 


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